vendredi 10 octobre 2008

Le pendu


Ce matin, image obsessionnelle au réveil. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'elle s'invite : il s'agit de la figure du pendu ou douzième arcane du tarot. On s'en fout de savoir si on y croit ou pas, personnellement, je tire de ces images ancestrales des tas d'enseignements, en particulier sur la situation présente et surtout intérieure. Il ne s'agit pas de savoir si on peut lire l'avenir dans les cartes. Cela me paraît tout simplement impossible et ce n'est du reste pas ce qui m'intéresse dans le tarot. Ce sont avant tout des dessins chargés de significations. Si on les observe avec attention, aucun détail, que ce soit la couleur, le personnage, la position de ses mains, de son visage, rien n'est là par hasard.
Mais revenons au pendu.

Dans la symbolique du tarot, le pendu signifie le malheur et un choix.

Il est le symbole d'une initiation passive, mystique. Le corps est inactif, impuissant, car l'âme libérée fuit dès lors la réalité de la matière. Sa tunique, où le rouge et le blanc alternent avec le rouge et le jaune, rappellent l'innocence et la pureté mais aussi la résistance face aux influences néfastes. Très grande est sa force, non plus exercée par les muscles mais par le pouvoir occulte de son âme qui a dépassée la phase initiatique. Le pendu symbolise l'abnégation, le désintérêt pour les choses de ce monde, l'altruisme, le sacrifice, le renversement de la situation actuelle grâce à une décision personnelle, des idéaux atteints, la libération par le sacrifice.

Il peut aussi évoquer le mythe d'Odin, dieu initié par excellence dans la mythologie du Nord, qui obtient le pouvoir de la connaissance en restant suspendu trois jours à l'arbre Ygdrasyl et en acceptant de sacrifier un œil pour acquérir la science.

Je ne sais pas vraiment ce que veut dire ce cancer, mais j'avoue que cette carte décrit d'elle même la situation présente. Je ne suis bien sûr, pas un légume et je n'ai pas encore décidé de rendre l'âme. Pas très envie pour l'instant! ce qui est clair dans cette étape de ma vie, c'est qu'un bilan sérieux doit être entrepris. Revoir de fond en comble ma façon d'être. De toute façon, les traitements de chimio et de radiothérapie me mettent sur le carreau la plupart de la journée.
Auparavant, les travaux que je menais me poussaient à me déplacer assez loin et souvent sur des terrains assez houleux. Ca correspondait bien à mon caractère de casse-cou. désormais avec ce cancer, la donne est complètement changée. J'en suis d'ailleurs furieux, mais je n'y peux rien. C'est comme ça, pas la peine de me lamenter. comme dirait l'autre "temps perdu à rouspéter est caillou dans la besace". La privation de mouvement est certainement la punition que j'ai le plus de mal à supporter.
Aujourd'hui, la donne a changé et pour ne pas devenir fou devant la situation actuelle, je me confronte au travail d'une autre manière. A force de me jeter dans tous les sens, j'ai fini par accumuler une masse de dessins et de textes assez importante. Jusqu'à maintenant, ils dormaient dans les placards, avec l'excuse du "on verra plus tard". En réalité, rien de plus difficile que de se regarder enfin en face et de travailler sur soi. Tellement plus confortable d'accepter des commandes extérieures. On ne prend pas les même risques.
Je préfère donner un sens à ce qui m'arrive et en tirer le meilleur. Quitte à me mentir à moi-même. sinon, c'est le suicide ou la folie tellement c'est absurde en réalité.
Bref, j'ai décidé de vivre et de profiter de cette étape pour revisiter cette matière et lui donner forme. Comme pour un voyage, tout le problème c'est de démarrer. Et si la tête passe...

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