dimanche 12 octobre 2008
On a marché sur la terre
Autre cercle, autre lieu, autre temps.
Octobre 1999, camp de rescapés de Göldjük, au bord de la mer de Marmara en Turquie. Cette photo est de l'Oeil de Kristof Guez. Je me demande quelle jubilation il a du ressentir lorsqu'il a ajusté son cadre et déclenché la prise de vue. Je vois bien ce que je peux ressentir avec certains dessins, mais avec un cadrage pareil, ça doit être carrément jouissif !
Dommage et significatif à la fois, cette fausse pudeur qui empêche les artistes de communiquer entre eux sur leur médium réspectif. A l'époque en tout cas, impossible de se parler.
Trop de dissensions au sein de ce groupe qui s'auto-proclamait "d'avant garde".
Humainement, nous n'obtiendrons pas la palme de la générosité, pas cette fois-ci en tout cas. Il faudra plusieurs retours en solo et une écoute plus aiguë de population. D'une manière générale, le voyage et surtout ce genre là se prête peu à la meute. Seul ou à deux maximum, au- delà on est une bande de cons! Là, nous sommes 10 en tout, 10 têtes de cons .
Disons que le fait d'être au milieu des camps de rescapés du tremblement de terre, nous met tous un peu à cran, même si personne ne veut se l'avouer. Je me suis mis à l'écart ce matin là. Une manière de jouer au dur qui m'évite de rendre des comptes. En réalité, je suis totalement déboussolé et n'arrive à sortir que des dessins vides de sève, j'enrage de cette impuissance. Ce n'est plus moi qui dessine, mais un novice. Mais ça, vu l'ambiance qui règne, pas question d'en parler autour de moi. Au fond, je sais que je ne suis pas là pour ça, mais pour observer, mais il faut du rendement. Il faudra plusieurs jours pour que je me détende.
Au milieu de cette canalisation, c'est Pascal Delay, un danseur toulousain, bien givré mais généreux. Ce sera finalement celui avec qui je vais le mieux accrocher. Cela ne se démentira pas et nous mènera à travailler ensemble au cours de performances déchaînées.
Quoi qu'il en soit, je donnerai cher pour me retrouver de nouveau à cet endroit , à cet instant précis et tout recommencer encore. Je pense qu'aucun de nous n'a reçu autant de doses d'adrénaline que durant ces 7 jours incroyables. C'est vraiment qu'à la force de cette photo à chaque fois que je la regarde. Même si certains avaient un comportement de touriste (et j'en fais partie) nous étions tous là volontairement, pour donner maladroitement mais sincèrement le peu qu'on avait. Qu'est-ce qu'on pouvait faire face à 25000 morts et 50000 déplacés?
samedi 11 octobre 2008
le voyageur immobile

le plus dur à vivre dans toute cette affaire, c'est d'être bêtement assigné à résidence. La chose que j"aime le plus au monde, c'est le mouvement. j'ai besoin d'aller au devant des choses pour pouvoir être rassasié. Mais bon, c'est comme ça pour l'instant. Comme les choses sont bien faites, c'est depuis que j'ai cette cochonnerie que je suis abonné à internet. Donc, je passe maintenant une bonne partie de mes journées devant cet écran à naviguer sur la toile.
Je suis donc jusqu'à nouvel ordre et pour quelques temps, un voyageur immobile.
Cet après-midi, un ami m'a envoyé plusieurs liens internet à propos de clips vidéo d'animation. Au milieu de tout ça, un autre lien sans rapport. Comme il sait que j'aime l'étrange, ça n'a pas fait un pli. Il s'agit du phénomène des Crop Circle. D'origine inconnue, ces cercles sont tracés durant des temps très courts dans des champs de blé en particulier (E.T. aime le blé) et souvent dans le sud de l'Angleterre, mais pas seulement. En fait, on en retrouve un peu partout dans le monde. Je reste sceptique quant l'origine de ces réalisations mais j'avoue que ça a de la gueule.
vendredi 10 octobre 2008
Le pendu

Ce matin, image obsessionnelle au réveil. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'elle s'invite : il s'agit de la figure du pendu ou douzième arcane du tarot. On s'en fout de savoir si on y croit ou pas, personnellement, je tire de ces images ancestrales des tas d'enseignements, en particulier sur la situation présente et surtout intérieure. Il ne s'agit pas de savoir si on peut lire l'avenir dans les cartes. Cela me paraît tout simplement impossible et ce n'est du reste pas ce qui m'intéresse dans le tarot. Ce sont avant tout des dessins chargés de significations. Si on les observe avec attention, aucun détail, que ce soit la couleur, le personnage, la position de ses mains, de son visage, rien n'est là par hasard.
Mais revenons au pendu.
Dans la symbolique du tarot, le pendu signifie le malheur et un choix.
Il est le symbole d'une initiation passive, mystique. Le corps est inactif, impuissant, car l'âme libérée fuit dès lors la réalité de la matière. Sa tunique, où le rouge et le blanc alternent avec le rouge et le jaune, rappellent l'innocence et la pureté mais aussi la résistance face aux influences néfastes. Très grande est sa force, non plus exercée par les muscles mais par le pouvoir occulte de son âme qui a dépassée la phase initiatique. Le pendu symbolise l'abnégation, le désintérêt pour les choses de ce monde, l'altruisme, le sacrifice, le renversement de la situation actuelle grâce à une décision personnelle, des idéaux atteints, la libération par le sacrifice.
Il peut aussi évoquer le mythe d'Odin, dieu initié par excellence dans la mythologie du Nord, qui obtient le pouvoir de la connaissance en restant suspendu trois jours à l'arbre Ygdrasyl et en acceptant de sacrifier un œil pour acquérir la science.
Je ne sais pas vraiment ce que veut dire ce cancer, mais j'avoue que cette carte décrit d'elle même la situation présente. Je ne suis bien sûr, pas un légume et je n'ai pas encore décidé de rendre l'âme. Pas très envie pour l'instant! ce qui est clair dans cette étape de ma vie, c'est qu'un bilan sérieux doit être entrepris. Revoir de fond en comble ma façon d'être. De toute façon, les traitements de chimio et de radiothérapie me mettent sur le carreau la plupart de la journée.
Auparavant, les travaux que je menais me poussaient à me déplacer assez loin et souvent sur des terrains assez houleux. Ca correspondait bien à mon caractère de casse-cou. désormais avec ce cancer, la donne est complètement changée. J'en suis d'ailleurs furieux, mais je n'y peux rien. C'est comme ça, pas la peine de me lamenter. comme dirait l'autre "temps perdu à rouspéter est caillou dans la besace". La privation de mouvement est certainement la punition que j'ai le plus de mal à supporter.
Aujourd'hui, la donne a changé et pour ne pas devenir fou devant la situation actuelle, je me confronte au travail d'une autre manière. A force de me jeter dans tous les sens, j'ai fini par accumuler une masse de dessins et de textes assez importante. Jusqu'à maintenant, ils dormaient dans les placards, avec l'excuse du "on verra plus tard". En réalité, rien de plus difficile que de se regarder enfin en face et de travailler sur soi. Tellement plus confortable d'accepter des commandes extérieures. On ne prend pas les même risques.
Je préfère donner un sens à ce qui m'arrive et en tirer le meilleur. Quitte à me mentir à moi-même. sinon, c'est le suicide ou la folie tellement c'est absurde en réalité.
Bref, j'ai décidé de vivre et de profiter de cette étape pour revisiter cette matière et lui donner forme. Comme pour un voyage, tout le problème c'est de démarrer. Et si la tête passe...
jeudi 9 octobre 2008
Le Cancer du Ridicule, quel traitement?
Le premier pour laver mes reins et le second en milieu de scéance, c'est le médicament lui-même. Pas vraiment d'effets secondaires et j'ai l'air de bien supporter ça. C'est un hopital de jour et je rentre chez moi au bout des trois heures. Je partage une chambre avec deux autres personnes, la seule différence entre nous, c'est qu'ils sont agés. C'est vers le troisième jour que j'ai commencé à comprendre. Violamment secoué durant la nuit du vendredi au samedi. Chaleur intense qui me surchauffe le corps comme une fièvre éléctrique. Cauchemars puissants et remontées d'images refoulées. Je me réveille souvent en pleurant. J'en prends note une fois sur pied. Ce n'est pas que je ne supporte pas au contraire, mais de jour en jour je me sens de plus en plus faible. par contre le moral, lui continue d'aller de mieux en mieux. mes amis ricanent et trouvent que je n'ai jamais été aussi bien que depuis que je suis malade.
Ma femme se moque de ma voix de fluet qui tire un peu trop sur les aigus. C'est vrai qu'avec une voix aussi ridicule, il est difficile d'être pris au sérieux. On a donc décrété qu'il s'agissait d'un cancer du ridicule et c'est bien connu, celui-ci ne tue pas!
Donc tout va bien!
l'étrange étranger

Trouvé dans le dictionnaire des symboles cette définition remarquable:
"Car chacun de nous est entré dans cet univers comme dans une cité etrangère dont il n'avait aucune part avant sa naissance, et une fois entré, il y est un hôte de passage jusqu'à ce qu'il ait parcouru de bout en bout la durée de vie qui lui a été attribuée...Seul Dieu, à parler rigoureusement est un citoyen."
J'avais relevé cette citation il y a bien longtemps et elle m'avait paru plus que pertinente. Du coup la notion de simple passager dans ce monde relativise notre présence sur terre à une simple question de temps. le dico ne dit pas de qui est cette citation.
"Ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous." ça c'était écrit sur le palais idéal du Facteur Cheval, que j'ai pu visiter cet été à Hauterives. Un chef d'oeuvre d'obstination et de rigueur. Un lieu magique dont on ressort avec des yeux d'enfant. Pas besoin de voyager pour ce facteur atypique, mais d'ouvrir les couriers et d'y puiser la matière du monde pour se construire un palais fantastique. A voir et certainement à revoir.
samedi 4 octobre 2008
J'éspère avoir le même moral d'enfer pour cette semaine qui s'annonce que celle de la semaine passée. J' en aurai bien besoin pour affronter la mise en place de l'expo prévue au collège, disons mi-novembre. Elle portera sur le reportage dessiné et reprendra les dessins publiés dans Charlie Hebdo 740, ainsi que bien d'autres que je retravaille spécialement pour l'occasion.
Beaucoup d'idées en tête, notamment en ce qui concerne la construction de tels projets, qui n'ont strictement rien à voir avec du carnet de voyage. Je n'oublie pas non plus que le fait de ne pas être journaliste, m'oblige à inventer mon point de vue, plus ancré sur le temps et l'humain, quitte à me faire des amis.
