samedi 1 novembre 2008





De haut en bas :
Scène dans l'atelier,
Meryem et Sarah nawabi,
Des membres de la famille Haligi à la maison.
Ces trois dessins sont de Wida Haligi, 15ans en 2002

Dessin de Ehsan Haligi 10 ans en 2002.

Je ne sais pas ce que la plupart de ces gosses sont devenus, certains sont maintenant au Canada, en Suède ou aux Pays Bas ayant pu obtenir leur statut de réfugiés. D'autres sont probablement encore là-bas à attendre le bon vouloir du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés auprès des Nations Unies). Ce que j'ai vu dans cet endroit n'a pas été une simple promenade de santé. Pour les afghans, certains avaient fui lors des bombardements américains sur Kaboul en 2001, d'autres étaient sur la route depuis des années, ancien directeur de la banque du sang à Kaboul procréant un enfant lors de chaque étape, 8 en tout et un autre à notre départ. Ancien haut responsable policier ayant travaillé de concert avec le Narcotic Bureau, ancien membre du ministère du commerce, mais aussi simple informaticien. Mais pour pouvoir fuir, une chose est sûre, il faut pouvoir négocier la route et donc avoir de l'argent. Ce qui n'est pas donné à tout le monde!
Bref, la ville de Van en 2002 est un camp de réfugiés qui ne dit pas son nom et où près de 7000 familles s'entassent dans des conditions misérables dans l'attente de la reconnaissance de leur statut de réfugiés.
Certaines familles arrivées là dans l'espoir de continuer vers l'Europe se retrouvent bloquées durant des années sans aucune avancée notable dans leur dossier. Hiver comme été, obligation de "pointer" auprès des autorités locales (l'hiver les températures descendent jusqu'à moins 15°C, Van étant située à 1500m d'altitude) en subissant le plus souvent les humiliations de la police. Les files d'attente durent des heures par n'importe quel temps. Couvre-feu à partir de 17h et interdiction formelle de travailler.
En réalité, cette situation terrible mène à tous les excès, les suicides des pères de famille sont nombreux et l'exploitation illégale par le travail au noir fait rage. Obligées d'accepter n'importe quel travail à n'importe quel prix et leur salaire à certaines conditions, seules les femmes sont autorisées à travailler dans les restaurants et cafés tenus par les mafias locales.
Les même louent à ces familles d'anciens hangars à bestiaux en guise de logement pour des sommes exorbitantes. Qu'arrive-t-il en cas de non paiement du loyer?
Van, c'est l'ancienne civilisation d'Ourartou et des bombardements de la guerre russo-turque de 1915. C'est aussi l'ancienne voie de la mythique route de la soie, devenue aujourd'hui celle de l'héroïne en provenance d'Afghanistan (devenu de guerre lasse un narco-état) via l'Iran.
Une route de tous les trafics où tous les coups sont permis. La marchandise passe le réfugiés trépassent ! Bien plus simple pour la came d'atteindre l' Europe et le reste du monde que les humains qui prennent la même route pour échapper à leur condition.
Impasse du rivage, c'est surtout l'immense lac de Van, véritable mer intérieure, là où s'arrête tout bonnement la route de beaucoup d'entre nous.

Dimanche 2 novembre 2008, 3h du matin

traces de vies




L'origine du projet "impasse du rivage" se trouve dans la ville de Van dans l'est de la Turquie. En 2002, la création d'un spectacle d'ombre m'ouvre la porte de l'est, en plein territore kurde. Je ne sais pas vraiment ce qui m'attend là-bas, tout ce que je sais c'est que j'en suis reparti avec la peur au ventre mais avec une expérience irremplaçable.
Bref, au départ le projet doit être réalisé avec des gosses des rues de la ville. lors de la première réunion, ce sont en fait des réfugiés afghans, iraniens et irakiens qui nous sont présentés. En tout une vingtaine de garçons et filles agés de 4 à 17 ans. On prend et on démarre sur les chapeaux de roues. Au cours de la préparation des marionnettes, l'atelier dérive très vite sur un laboratoire de dessin. Certains élèves sont tellement doués qu'ils m'impressionnent. Je leur demande de me rapporter des images de leur quotidien, une sorte de reportage d'après nature. les resultats sont surprenants. Les plus doués sont une fratrie de trois jeunes afghans, dont Wida et yelda âgées de 15 et 16 ans et ehsan 10 ans. Les dessins qu'ils ramènent sur leurs carnets bon marché sont ensuite reproduits sur du bon papier à l'aide de feuilles de carbone, ce qui leur donnent cet aspect de gravure. Ces monotypes sont ensuite mis en couleurs ou laissés tels quels.

Certains de ces dessins seront présentés dans le cadre de l'exposition que je prépare au collège Rosa Luxemburg à Aubervilliers. dans le cadre de cette résidence, j'aimerai pouvoir faire la même chose avec certains élèves du collège sur leur environnement proche, pas du carnet de voyage car il n'y a pas de destination à vendre mais simplement du documentaire dessiné.

dimanche 12 octobre 2008

On a marché sur la terre


Autre cercle, autre lieu, autre temps.

Octobre 1999, camp de rescapés de Göldjük, au bord de la mer de Marmara en Turquie. Cette photo est de l'Oeil de Kristof Guez. Je me demande quelle jubilation il a du ressentir lorsqu'il a ajusté son cadre et déclenché la prise de vue. Je vois bien ce que je peux ressentir avec certains dessins, mais avec un cadrage pareil, ça doit être carrément jouissif !
Dommage et significatif à la fois, cette fausse pudeur qui empêche les artistes de communiquer entre eux sur leur médium réspectif. A l'époque en tout cas, impossible de se parler.
Trop de dissensions au sein de ce groupe qui s'auto-proclamait "d'avant garde".

Humainement, nous n'obtiendrons pas la palme de la générosité, pas cette fois-ci en tout cas. Il faudra plusieurs retours en solo et une écoute plus aiguë de population. D'une manière générale, le voyage et surtout ce genre là se prête peu à la meute. Seul ou à deux maximum, au- delà on est une bande de cons! Là, nous sommes 10 en tout, 10 têtes de cons .
Disons que le fait d'être au milieu des camps de rescapés du tremblement de terre, nous met tous un peu à cran, même si personne ne veut se l'avouer. Je me suis mis à l'écart ce matin là. Une manière de jouer au dur qui m'évite de rendre des comptes. En réalité, je suis totalement déboussolé et n'arrive à sortir que des dessins vides de sève, j'enrage de cette impuissance. Ce n'est plus moi qui dessine, mais un novice. Mais ça, vu l'ambiance qui règne, pas question d'en parler autour de moi. Au fond, je sais que je ne suis pas là pour ça, mais pour observer, mais il faut du rendement. Il faudra plusieurs jours pour que je me détende.
Au milieu de cette canalisation, c'est Pascal Delay, un danseur toulousain, bien givré mais généreux. Ce sera finalement celui avec qui je vais le mieux accrocher. Cela ne se démentira pas et nous mènera à travailler ensemble au cours de performances déchaînées.
Quoi qu'il en soit, je donnerai cher pour me retrouver de nouveau à cet endroit , à cet instant précis et tout recommencer encore. Je pense qu'aucun de nous n'a reçu autant de doses d'adrénaline que durant ces 7 jours incroyables. C'est vraiment qu'à la force de cette photo à chaque fois que je la regarde. Même si certains avaient un comportement de touriste (et j'en fais partie) nous étions tous là volontairement, pour donner maladroitement mais sincèrement le peu qu'on avait. Qu'est-ce qu'on pouvait faire face à 25000 morts et 50000 déplacés?

samedi 11 octobre 2008

le voyageur immobile



le plus dur à vivre dans toute cette affaire, c'est d'être bêtement assigné à résidence. La chose que j"aime le plus au monde, c'est le mouvement. j'ai besoin d'aller au devant des choses pour pouvoir être rassasié. Mais bon, c'est comme ça pour l'instant. Comme les choses sont bien faites, c'est depuis que j'ai cette cochonnerie que je suis abonné à internet. Donc, je passe maintenant une bonne partie de mes journées devant cet écran à naviguer sur la toile.
Je suis donc jusqu'à nouvel ordre et pour quelques temps, un voyageur immobile.

Cet après-midi, un ami m'a envoyé plusieurs liens internet à propos de clips vidéo d'animation. Au milieu de tout ça, un autre lien sans rapport. Comme il sait que j'aime l'étrange, ça n'a pas fait un pli. Il s'agit du phénomène des Crop Circle. D'origine inconnue, ces cercles sont tracés durant des temps très courts dans des champs de blé en particulier (E.T. aime le blé) et souvent dans le sud de l'Angleterre, mais pas seulement. En fait, on en retrouve un peu partout dans le monde. Je reste sceptique quant l'origine de ces réalisations mais j'avoue que ça a de la gueule.

vendredi 10 octobre 2008

Le pendu


Ce matin, image obsessionnelle au réveil. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'elle s'invite : il s'agit de la figure du pendu ou douzième arcane du tarot. On s'en fout de savoir si on y croit ou pas, personnellement, je tire de ces images ancestrales des tas d'enseignements, en particulier sur la situation présente et surtout intérieure. Il ne s'agit pas de savoir si on peut lire l'avenir dans les cartes. Cela me paraît tout simplement impossible et ce n'est du reste pas ce qui m'intéresse dans le tarot. Ce sont avant tout des dessins chargés de significations. Si on les observe avec attention, aucun détail, que ce soit la couleur, le personnage, la position de ses mains, de son visage, rien n'est là par hasard.
Mais revenons au pendu.

Dans la symbolique du tarot, le pendu signifie le malheur et un choix.

Il est le symbole d'une initiation passive, mystique. Le corps est inactif, impuissant, car l'âme libérée fuit dès lors la réalité de la matière. Sa tunique, où le rouge et le blanc alternent avec le rouge et le jaune, rappellent l'innocence et la pureté mais aussi la résistance face aux influences néfastes. Très grande est sa force, non plus exercée par les muscles mais par le pouvoir occulte de son âme qui a dépassée la phase initiatique. Le pendu symbolise l'abnégation, le désintérêt pour les choses de ce monde, l'altruisme, le sacrifice, le renversement de la situation actuelle grâce à une décision personnelle, des idéaux atteints, la libération par le sacrifice.

Il peut aussi évoquer le mythe d'Odin, dieu initié par excellence dans la mythologie du Nord, qui obtient le pouvoir de la connaissance en restant suspendu trois jours à l'arbre Ygdrasyl et en acceptant de sacrifier un œil pour acquérir la science.

Je ne sais pas vraiment ce que veut dire ce cancer, mais j'avoue que cette carte décrit d'elle même la situation présente. Je ne suis bien sûr, pas un légume et je n'ai pas encore décidé de rendre l'âme. Pas très envie pour l'instant! ce qui est clair dans cette étape de ma vie, c'est qu'un bilan sérieux doit être entrepris. Revoir de fond en comble ma façon d'être. De toute façon, les traitements de chimio et de radiothérapie me mettent sur le carreau la plupart de la journée.
Auparavant, les travaux que je menais me poussaient à me déplacer assez loin et souvent sur des terrains assez houleux. Ca correspondait bien à mon caractère de casse-cou. désormais avec ce cancer, la donne est complètement changée. J'en suis d'ailleurs furieux, mais je n'y peux rien. C'est comme ça, pas la peine de me lamenter. comme dirait l'autre "temps perdu à rouspéter est caillou dans la besace". La privation de mouvement est certainement la punition que j'ai le plus de mal à supporter.
Aujourd'hui, la donne a changé et pour ne pas devenir fou devant la situation actuelle, je me confronte au travail d'une autre manière. A force de me jeter dans tous les sens, j'ai fini par accumuler une masse de dessins et de textes assez importante. Jusqu'à maintenant, ils dormaient dans les placards, avec l'excuse du "on verra plus tard". En réalité, rien de plus difficile que de se regarder enfin en face et de travailler sur soi. Tellement plus confortable d'accepter des commandes extérieures. On ne prend pas les même risques.
Je préfère donner un sens à ce qui m'arrive et en tirer le meilleur. Quitte à me mentir à moi-même. sinon, c'est le suicide ou la folie tellement c'est absurde en réalité.
Bref, j'ai décidé de vivre et de profiter de cette étape pour revisiter cette matière et lui donner forme. Comme pour un voyage, tout le problème c'est de démarrer. Et si la tête passe...

jeudi 9 octobre 2008

Le Cancer du Ridicule, quel traitement?

Les soins ont enfin commencé et je me sens soulagé. Trop d'angoisses avant de mettre les pieds à l'hopital et de devoir accepter que je suis gravement malade. J'y suis allé à reculon, avec des sentiments mélés de colère et de fatalité. L'impression d'aller volontairement à l'abatoire. Il faut dire que l'attitude lamentable des médecins auparavant ne m'a pas aidé à leur faire confiance. Je ne savais pas vraiment en quoi consistait une cure de chimiothérapie. Maintenant, ma curiosité est rassasiée. Les trois premiers jours, on m'a collé une perfusion et balancé deux produits, durant trois heures.
Le premier pour laver mes reins et le second en milieu de scéance, c'est le médicament lui-même. Pas vraiment d'effets secondaires et j'ai l'air de bien supporter ça. C'est un hopital de jour et je rentre chez moi au bout des trois heures. Je partage une chambre avec deux autres personnes, la seule différence entre nous, c'est qu'ils sont agés. C'est vers le troisième jour que j'ai commencé à comprendre. Violamment secoué durant la nuit du vendredi au samedi. Chaleur intense qui me surchauffe le corps comme une fièvre éléctrique. Cauchemars puissants et remontées d'images refoulées. Je me réveille souvent en pleurant. J'en prends note une fois sur pied. Ce n'est pas que je ne supporte pas au contraire, mais de jour en jour je me sens de plus en plus faible. par contre le moral, lui continue d'aller de mieux en mieux. mes amis ricanent et trouvent que je n'ai jamais été aussi bien que depuis que je suis malade.
Ma femme se moque de ma voix de fluet qui tire un peu trop sur les aigus. C'est vrai qu'avec une voix aussi ridicule, il est difficile d'être pris au sérieux. On a donc décrété qu'il s'agissait d'un cancer du ridicule et c'est bien connu, celui-ci ne tue pas!
Donc tout va bien!

l'étrange étranger


Trouvé dans le dictionnaire des symboles cette définition remarquable:

"Car chacun de nous est entré dans cet univers comme dans une cité etrangère dont il n'avait aucune part avant sa naissance, et une fois entré, il y est un hôte de passage jusqu'à ce qu'il ait parcouru de bout en bout la durée de vie qui lui a été attribuée...Seul Dieu, à parler rigoureusement est un citoyen."

J'avais relevé cette citation il y a bien longtemps et elle m'avait paru plus que pertinente. Du coup la notion de simple passager dans ce monde relativise notre présence sur terre à une simple question de temps. le dico ne dit pas de qui est cette citation.

"Ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous." ça c'était écrit sur le palais idéal du Facteur Cheval, que j'ai pu visiter cet été à Hauterives. Un chef d'oeuvre d'obstination et de rigueur. Un lieu magique dont on ressort avec des yeux d'enfant. Pas besoin de voyager pour ce facteur atypique, mais d'ouvrir les couriers et d'y puiser la matière du monde pour se construire un palais fantastique. A voir et certainement à revoir.

samedi 4 octobre 2008

Ce soir encore des douleurs un peu partout dans les poumons et surtout le bras gauche. C'est moins dur que mes douleurs précédentes. Les médicaments et une meilleure compréhension de ce qui m'arrive me facilitent probablement la tâche. Mais, comme on dit, on s'habitue à tout, même à se savoir dévoré de l'intérieur par un crabe furieux.
J'éspère avoir le même moral d'enfer pour cette semaine qui s'annonce que celle de la semaine passée. J' en aurai bien besoin pour affronter la mise en place de l'expo prévue au collège, disons mi-novembre. Elle portera sur le reportage dessiné et reprendra les dessins publiés dans Charlie Hebdo 740, ainsi que bien d'autres que je retravaille spécialement pour l'occasion.
Beaucoup d'idées en tête, notamment en ce qui concerne la construction de tels projets, qui n'ont strictement rien à voir avec du carnet de voyage. Je n'oublie pas non plus que le fait de ne pas être journaliste, m'oblige à inventer mon point de vue, plus ancré sur le temps et l'humain, quitte à me faire des amis.

mardi 30 septembre 2008

Mais ou est le soleil ?


Le problème, de l'ombre c'est que ça manque de soleil, mais qu'est-ce que c'est beau quand c'est maîtrisé!

création du blog impasse du rivage


Ce soir grace aux bons conseils de Matito, on a enfin réussi à créer ce blog. bravo. et maintenant, on va tenter d'inscrire une image. ce sera celle d'aden en burnous sur les genoux de son papa adoré.